Entretien avec Béa Johnson, reine du zéro déchet

Béa Johnson et sa famille génèrent un bocal de déchets par an. Quand on a lu ça, on s’est dit qu’il devait s’agir d’un grand grand bocal, ou que Béa Johnson possédait une formule magique pour générer si peu de déchets.

Passionnée et optimiste, Béa Johnson est devenue la porte-parole mondiale du mode de vie Zéro Déchet. Elle inspire un large public à vivre simplement et à réduire radicalement ses déchets, grâce à l’application de 5 règles: Refuser, Réduire, Réutiliser, Recycler, Composter. Elle casse toute idée préconçue, en prouvant que le Zéro Déchet peut être beau, améliorer la santé et être économe en temps et en argent. Elle intervient à l’international dans des universités, comités d’entreprises, et salons, et répond à un intérêt médiatique incessant. Originaire du Sud de la France, elle vit actuellement en Californie. Elle était de passage en France et nous lui avons posé 4 questions. – oui nous aussi on réduit !

On peut lire que vous avez « changé » de mode de consommation lors d’un déménagement. Mais quel a été l’élément déclencheur ? Étiez-vous déjà sensible aux problématiques environnementales ?

Je n’étais pas une écologiste dans l’âme avant le Zéro Déchet, pas plus que je ne me considère en être une aujourd’hui. Nous avons demarré ce mode de vie pour l’aspect environnemental mais aujourd’hui il va bien au delà, ce sont ses bienfaits (notamment économies de temps et d’argent) qui nous motivent. Ce que nous faisons, c’est pour le bien de notre famille, pas seulement pour celui de l’environnement. Comme vous le mentionnez, nous avons en effet décidé, en 2006, de déménager d’une grande maison située en banlieue dortoir, nous obligeant de nous déplacer en voiture pour aller partout, pour vivre dans un centre-ville et avoir école, ciné, bibliothèque, restos, théâtre, épicier, etc. a proximité, c’est à dire à quelques minutes à pied ou à vélo de chez nous.
Avant de trouver la maison idéale, nous avons loué un petit appartement pendant un an. Nous avons, emménagé avec le minimum d’affaires et stocké le reste dans un garde-meuble. Nous avons alors appris que vivre avec moins nous permettait de vivre plus.

Nous avions tout à coup plus de temps pour se détendre en famille, pour se balader, aller à la plage, faire des pique-niques…

Par la suite, nous avons acheté une maison deux fois plus petite que la précédente et nous sommes désencombrés de 80% de nos biens matériels. Le temps que nous avons gagné grâce à cette simplicité volontaire nous a ensuite permis de nous informer sur les problèmes de l’environnement. Nous avons lu des ouvrages et regardé des documentaires sur la question. Ce que nous avons découvert nous a fortement attristé quant au future que nous allions léguer a nos enfants. J’ai pleuré en regardant le documentaire HOME. Cela nous a motivé pour changer notre façon de vivre.

Si vous deviez donner un conseil aux Français/es pour réduire drastiquement leurs déchets, lequel donneriez-vous en premier ?
Le Zéro Déchet n’est pas aussi compliqué que ce que l’on pourrait penser. Pour réussir, il suffit d’appliquer 5 régles, en ordre d’importance:
1- Refuser ce dont on n’a pas besoin (courriers non desirés, babioles, ou petits cadeaux gratuits à une foire par exemple),
2- Réduire ce dont on a besoin (meubles, habits…)
3- Réutiliser en remplaçant tout produit jetable par un équivalent réutilisable (cela inclut faire ses courses avec des contenants réutilisables) et en achetant d’occasion.
4- Recycler ce qu’on ne peut pas refuser, réduire ou réutiliser (il reste donc très peu de matériaux à recycler)
5- Composter le reste (détritus organiques: épluchures de fruits et légumes, mais aussi peluches de séche-linge, ongles et cheveux coupes, balayures, etc)
Mon premier conseil serait de suivre ces règles dans l’ordre, et le premier pas est donc tout simplement de refuser le superflu. Il faut penser à deux fois avant d’accepter ce qui vous est tendu ou donné.

Dites non aux sacs plastiques, prospectus, babioles gratuites, cartes de visites, courrier publicitaire.

Accepter ces choses crée une demande pour en fabriquer davantage et donc gaspiller de précieuses ressources naturelles. Et une fois chez nous, elles nous encombrent et par la suite demandent un effort pour s’en défaire. Le Refus, c’est est donc primordial pour vivre simplement, et sans déchet. En essayant, vous constaterez vite que vous pouvez ainsi empêcher un grand nombre d’affaires inutiles de rentrer chez vous.

« Refuser, Réduire, Réutiliser, Recycler, Composter » ça a été facile de faire passer le message à vos enfants ? Sont-ils conscients de l’impact positif de cette démarche ?

Cela faisait déjà des mois que je travaillais sur la réduction de nos déchets et que nous avions un garde manger sans emballage, lorsque j’ai appris que mes enfants ne s’en étaient même pas aperçus! Les enfants ont des besoins simples. Tant que ces besoins sont assouvis, ils sont heureux. Un bon petit déjeuner, un gouter à la maison en rentrant de l’école, et ils sont satisfaits! Mes enfants ont aujourd’hui vécu plus longtemps sans déchet qu’avec… Zéro déchet fait complètement partie de notre quotidien. Pour eux, c’est donc la norme, et ils ne se considèrent pas comme « ambassadeurs » de ce mode de vie. Ils sont par contre conscients que le Zéro Déchet a nettement amélioré notre qualité de vie.

Notre vie est maintenant basée sur les expériences, et non pas sur les biens matériels. Elle n’est plus axée sur le verbe « avoir », mais sur le verbe « être ». Ce mode de vie nous permet de jouer davantage et de passer plus de temps ensemble.

Grâce a notre minimalisme, on peut facilement louer notre maison ce qui finance des vacances et weekends en famille que nous n’aurions jamais pu avoir sans le Zéro Déchet. Nous en profitons pour faire beaucoup de camping et de trekking ensemble, et parfois pour voyager à l’étranger. Lors de vacances de Noël, nous avons passé deux semaines au Costa Rica : Max et Leo ont pu découvrir la jungle et des animaux qu’ils n’avaient jamais vu auparavant.

Je ne peux bien-sûr ni prédire le future, ni savoir si mes fils eux-même reprendront le flambeau quand ils seront adultes. Je m’attends à ce qu’ils se rebellent pendant un temps, comme tout jeune (quel que soit son apprentissage) le fait. Mais cela me rassure de savoir qu’ils ont aujourd’hui vécu plus longtemps sans déchet qu’avec. Cela me rassure de leur donner les outils nécessaires pour continuer ce mode de vie indépendamment.

On vous donne une baguette magique, qu’en faites-vous ?
Je crée une société Zéro Déchet, bien-sûr ! Etant donné que le Zéro Déchet propose une vie simple basée sur le verbe « être » (et non « avoir »), imaginez le bien fou que cela ferait à notre civilisation si tout le monde s’y mettait !

Alors conquis/es ? Si à la suite de cet article vous désirez réduire vos déchets, inspirez-vous du livre de Béa Johnson et découvrez quelques conseils sur son blog !

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