TERA, l’éco-village

Si vous vous baladez dans le Lot-et-Garonne, n’hésitez pas à faire un détour du côté de Lartel, lieu-dit de Masquières, une commune de 200 habitants. C’est à cet endroit que le projet de l’association Tera a vu le jour. Lieu d’expérimentation et de construction, la finalisation de la construction d’éco-hameaux est prévue pour 2020. Association à but non lucratif créée en juin 2014, elle a pour mission de bâtir un éco-village dont 85% de la production vitale à ses habitants serait relocalisée, le tout avec une empreinte écologique raisonnée.

Aujourd’hui une vingtaine de citoyens travaillent au quotidien à sa construction, MMazette en a profité pour échanger avec Marie-Hélène, présidente de l’association Tera.

Tera ecovillage

Si vous deviez décrire en quelques mots le projet TERA ?

Tera est un projet expérimental de développement territorial et de revitalisation de zones rurales. Son objectif central est de garantir à chacun des habitants d’un écosystème coopératif un revenu d’autonomie, au moins égal au seuil de pauvreté, versé en monnaie citoyenne locale et généré par la production locale de richesses. Concrètement, il vise la construction d’un ou plusieurs éco-hameaux, ou quartiers ruraux, en partenariat avec des communes d’accueil. Mais également le développement, en coopération avec son territoire de vie, d’activités économiques respectueuses des humains et de la nature. L’ensemble du projet vise à une relocalisation de la production vitale et à une organisation sociale qui favorise l’épanouissement et la participation de chacun. Notre projet est suivi par un conseil scientifique qui offre un regard extérieur, est source d’alertes et de suggestions, et aussi de légitimité aux yeux des institutions et des citoyens.

L’association développe des activités dans les domaines de l’éco-construction et l’autonomie énergétique, de la formation, de la production alimentaire et de sa distribution en circuit court, elle promeut également la sensibilisation à la transition écologique. Pour y contribuer, une vingtaine de personnes, toutes bénévoles pour le moment, sont venues s’installer sur le territoire. Depuis quelques mois, un partenariat est en développement avec la commune de Trentels. Il pourrait aboutir à la construction d’un quartier rural expérimental sur une parcelle de 3,5 ha au bord du Lot.

Comment est venue l’idée de construire cet éco-village ?

« Ecovillage » est un terme qui est souvent employé pour présenter le projet Tera. Il recouvre une des manifestations concrètes que prendra celui-ci : la construction de quartiers ruraux regroupant des habitations écologiques visant l’autonomie en eau et en énergie. Nous parlons maintenant plutôt d’écosystème coopératif, car c’est un véritable réseau que nous créons à l’échelle d’un territoire de vie. Il inclut les habitants des quartiers ruraux qui seront créés et aussi tous ceux qui voudront s’inscrire dans cette dynamique.

A l’origine du projet, il y a deux constats :

  • La multiplicité des alternatives qui font leur preuve dans les domaines de l’énergie, l’éco-construction, le vivre ensemble, l’économie, l’agriculture… (par exemple des structures comme Enercoop, ou encore le réseau d’Oasis des Colibris). On remarque souvent qu’ils se développent indépendamment les uns des autres. Face à cela, nous cherchons à adopter une vision systémique en articulant ces différentes dimensions à une échelle locale dans une zone rurale à revitaliser.
  • Le fait que le système économique actuel est non seulement destructeur de valeurs (écologiques, humaines…) mais aussi un frein au développement d’alternatives respectueuses des humains et de la nature. Face à cela, nous aspirons à repenser les modes de production, et la façon dont la production est valorisée avec une monnaie citoyenne locale, et dont la valeur est échangée et distribuée (un socle est distribué inconditionnellement sous forme d’un revenu de base).

Tera eco village

Pouvez-vous décrire comment vous réussissez à faire avancer le projet tout en restant inscrit dans la dynamique économique locale ?

L’enjeu est de réaliser que nous n’arrivons pas sur un territoire vide, mais sur un territoire avec ses habitants, ses activités, son histoire, son patrimoine naturel, etc… Le connaître prend du temps, et avec des essais et erreurs bien sûr, comme celles de communication, ou encore l’envie d’avancer rapidement, nous avons consacré un temps non négligeable à construire et nourrir des relations
de voisinage, avec des élus locaux, des associations locales, et d’autres acteurs avec qui nous avons mis en place des animations régulières autour des thématiques de la transition écologique.
Nos achats sont aussi locaux que possibles, nous mutualisons le matériel et mettons en place des espaces de distribution réguliers. Nous co-construisons des activités sur le territoire local, en été 2016, un chantier d’école financé par la Région Nouvelle Aquitaine et le département du Lot-et-Garonne a été monté en étroite collaboration avec Pôle Emploi et la Mission Locale et a permis de former des adhérents de l’association mais également des demandeurs d’emploi du territoire.

Afin de poursuivre le développement du projet et de nous inscrire dans la dynamique économique locale, nous sommes accompagnés par le laboratoire d’intervention-recherche en économie de la fonctionnalité et de la coopération, ATEMIS. Pour résumer brièvement cette démarche, il s’agit en développant nos activités de prêter attention à l’existant, à l’effet utile de cette activité, et à ses effets indirects positifs ou négatifs sur d’autres acteurs.

Que représente le revenu d’autonomie inconditionnel et pourquoi s’appuyer sur une monnaie citoyenne au lieu de l’euro ?

Le revenu d’autonomie inconditionnel représente la part de la richesse produite collectivement qui sera versée à chacun des habitants, quels que soit leur âge et leur participation individuelle à cette production marchande. Il sera égal au seuil de pauvreté + un euro (846 € actuellement) et sera versé en monnaie citoyenne locale pour que la richesse produite irrigue le territoire de vie et ne parte pas sur les marchés financiers.  Nous souhaitons inscrire notre démarche dans un réseau d’échanges respectueux des humains et de la nature. L’intention derrière ce revenu d’autonomie est que chacun des habitants devrait avoir un revenu qui lui permette de vivre et de choisir ses activités, et qui ne soit pas une contrepartie d’une activité.

village citoyen tera

Quelles sont les futures grosses étapes à venir pour la suite du projet ?

Nous sommes au démarrage de la phase d’expérimentation. Notre projet a été imaginé en trois phases.

La première phase (2014-2018), d’analyse, d’étude, de recherche, de test, a permis de visiter une diversité de lieux, d’apprendre, de lancer une multitude d’activités, d’accueillir de nombreux volontaires, de nouer des relations locales, d’acquérir des soutiens de collectivités : Région, Département, Europe, et de nous connecter à 3 communes du territoire, avec 500 000 € de recettes et d’investissements depuis octobre 2015.

La seconde phase est celle de l’expérimentation. Elle correspond à la mise en musique du modèle économique de Tera : création des structures juridiques, versement des premiers revenus d’autonomie, valorisation et échange de la production en monnaie citoyenne locale. Elle va durer trois ans et nécessite un plan de financement qui garantira les revenus d’autonomie des acteurs du projet et les investissements nécessaires, jusqu’à ce que ce soit notre production de richesse qui garantisse ce revenu. Il s’agit de démontrer que des revenus de base versés en monnaie citoyenne ne sont pas une dépense pour la nation mais un investissement qui est source de richesses.

La troisième phase sera une phase de transmission où l’énergie sera axée vers le développement de modules de formation qui permettront à tout un chacun d’apprendre de notre expérience et de s’en inspirer.

Le 21 juin la campagne de financement de la phase d’expérimentation a été lancée. Cette campagne de financement soutiendra le développement des activités suivantes : maraîchage, boulange, compostage, réseau de distribution, restauration sur le lieu, secrétariat, gestion, conseil scientifique, avec les revenus d’autonomie de leurs référents.

Alors si vous êtes convaincu.e.s par ce projet, vous pouvez soutenir l’association Tera de deux façons : un don pour financer les revenus d’autonomie, ou une prise de participation dans les structures juridiques pour les investissements. N’hésitez pas à vous inscrire à la lettre d’information du projet ou à le suivre sur Facebook.

 

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