2018 sous le signe des demandes claires

communication non violente

SMS envoyé par J. à 11h45
« Salut! J’ai entendu parlé d’un nouveau resto pas loin de chez toi. Ca a l’air top. »

SMS réponse de L. à 11h47
« Hello. Cool. C’est quoi les spécialités ?»

SMS réponse de J. à 11h48
« Thaï, j’ai toujours entendu que c’était bien et toi aussi tu me l’as dit.».

SMS réponse de L. à 11h50
« Oui »

SMS envoyé par J. à 12H50 (soit une heure plus tard)
« Je pensais que ça te brancherait… Bon ben puisque c’est comme ça, on se recontacte un de ces 4. Enfin si tu as envie»

SMS réponse de L. à 13h22
« De quoi tu parles? »

SMS réponse de J à13h24
« Rien, va, laisse tomber »

Je vous épargne la suite de cet échange.
J. n’a pas fait de demande claire, L. ne comprend pas et… Nous sommes toutes et tous en mesure d’imaginer, à l’aune de nos propres vécus, la suite de l’histoire. Et il y a fort à parier que cela pique un peu… Et malgré tout, comme on le voit parfois écrit sur des œuvres de fiction, toute ressemblances avec des personnes existant ou ayant existé serait purement fortuit. Comme si la fiction en parlait pas de la vie…

Une demande claire, quesako?

Dans ce cas, pour J., c’est exprimer son désir d’aller tester ce nouveau restaurant en compagnie de L.. De façon générale, c’est dire ce qui est important pour moi en toute clarté, en offrant à l’autre suffisamment d’informations (idéalement toutes les informations) pour ne laisser aucune zone d’ombre, d’incompréhension, de flou. Car dans ces zones marécageuses poussent les suppositions et les interprétations. Et quand il y a interprétation ou supposition, il y a de très grands risques d’incompréhension, voire de tensions. Dans le cas de cet échange fictif, rien n’empêche L. d’interpréter que J., dont les soucis d’argent sont connus, veut l’amener au restaurant pour se faire offrir le déjeuner. Et ça c’est hors de question!

Les zones de confusion sont le terreau idéal de nos propres projections, peurs, jugements, généralisations… tout le bataillon des pensées qui ne favorisent pas le lien et la confiance.

Et cela s’entend pour une demande faite à quelqu’un et aussi (surtout en fait) pour une demande que je me fais à moi-même. Le fameux « je ne sais pas ce que je veux » est essentiellement le symptôme d’une nécessité impérieuse de clarification des demandes que je dois me faire d’abord à moi pour prendre une décision et faire une demande à l’autre. Ah oui, il faut toujours commencer par le commencement.

De quoi est-ce que j’ai besoin?

Pour se donner le plus de chances possibles de formuler une demande claire (et donc entrer en lien avec l’autre ou moi-même sur la base d’une proposition partageable et compréhensible) je dois savoir ce dont j’ai besoin. Là, il est important de faire la différence entre un besoin et une stratégie.

Les besoins sont communs à chacune et chacun d’entre nous: créativité, estime de soi, proximité, considération, honnêteté, confiance, repos, récréation, nourriture, beauté, harmonie, paix… et peuvent être satisfaits de mille façons. Les stratégies ce sont les méthodes, les moyens que nous utilisons pour nourrir ces besoins. Il est en général question d’une action et/ou d’une personne et/ou d’un timing spécifique. Par exemple, je n’ai pas besoin d’aller au cinéma. J’ai besoin de récréation et pour cela je choisis la stratégie du cinéma. Je pourrai en choisir une autre: le théâtre, la musique, les mots croisés… En me connectant à mon besoin (la récréation) j’ouvre le champ des possibles et je ne suis pas en difficulté si je ne vais pas au cinéma. Nous ne nous opposons jamais sur les besoins. Ce sont les stratégies qui peuvent nous amener à nous confronter.

Par exemple, Paul en rentrant du travail adore mettre sa musique fort pour l’entendre partout dans son appartement lorsqu’il vaque à ses occupations. Pierre, son colocataire, lui adore le silence après une longue journée de travail. Paul et Pierre ont le même besoin : la détente. C’est le moyen de vivre ce besoin (la stratégie) qui les oppose. Par contre, ils se donnent plus de chance de coopérer s’ils entrent en relation et en discussion sur la base de ce besoin qu’ils vivent en commun.

Donc le pré requis pour commencer à formuler une demande claire c’est d’avoir de la clarté sur le besoin que je veux nourrir à ce moment là.

Dans le cas du restaurant, il est aisé d’imaginer quels types de besoins peuvent être invoqués. Le plus évident : se nourrir. Il peut aussi être question de faire vivre la relation amicale, contribuer au lien en passant du temps ensemble. Le partage d’une expérience nouvelle pour vivre de la détente, de la légèreté. Il est même envisageable que ce soit de la sécurité car la découverte de cette nouvelle gastronomie nécessite de le faire en compagnie de quelqu’un de confiance…

Ca y est ça commence à devenir plus clair.

Parler en son « Je »

Je sais ce dont j’ai besoin donc je vais le faire découvrir à l’autre (ou à moi, si, si, c’est très important de se parler en toute clarté à soi-même). A cet instant, il est important de parler de soi, dans l’ici et maintenant. Il n’est pas question de l’autre, des autres, du monde, de l’univers, du passé… bref de tout ce sur quoi je n’ai aucune prise. Parler en son « je » c’est prendre la responsabilité de ce que je vis et de ce que je propose. C’est un formidable cadeau que je me fais et que je fais à l’autre.

Essayons avec cette histoire de restaurant et les quelques besoins supposés.

Option A
« J’ai entendu parler d’un nouveau restaurant Thai pas loin de ta rue, cela m’a donné envie de partager du bon temps avec toi autour d’un bon repas »
Option B
« J’ai entendu parlé d’un nouveau restaurant Thai, je suis très curieus(e) de découvrir cette cuisine accompagné(e) par quelqu’un qui connait »

Les trois types de demandes

Une fois que la demande est faite, bien en lien avec ce qui est important pour moi, il est vital de faire un pas franc et direct en direction de la colline de l’autre. Si je m’arrête à l’expression de mes besoins, je rentre dans un nouveau territoire aussi peu enthousiasmant que celui de la confusion: celui de la tyrannie de mon « moi-je » centré sur mes besoins sans lien avec l’extérieur. Et pour aller sur la colline de l’autre, trois possibilités.

La demande de reformulation. Lorsque l’expression du besoin peut sembler complexe ou avoir un impact émotionnel fort, demander « je ne suis pas certain(e) d’avoir été compréhensible, est-ce que ça serait OK pour toi de me dire ce que tu as compris ce que j’ai dit? ». Cela amorce le dialogue et donne de la sécurité sur le contenu partagé.

La demande de réaction. Elle est cousine de la demande de reformulation tout en donnant plus d’espace et de liberté à l’autre. « Qu’est ce que cela te fait quand je te dis ça? » Plutôt demander l’état émotionnel suite à l’expression plutôt que « qu’est ce que tu en penses? ». Cette demande est préconisée dans 90% des cas. C’est quasiment le pré requis à tous les dialogues qui aboutissent à une demande.

Et la demande d’action. Après une demande de reformulation qui a abouti à une restitution adaptée ou une demande de réaction qui a été positive, il est temps de faire une demande d’action. Cette demande pour être entendable et se donner le plus de chance possible d’être accueillie se doit d’être : concrète, positive (ce que je veux et non pas ce que je ne veux pas), négociable (dans le temps, les modalités, les moyens…), réalisable (certainement pas la lune), proche (le délai de réalisation doit être à court terme).

Revenons à notre restaurant.

Option 1 : « Il est à côté de chez toi, ça te dirait que je passe te cherche ce midi et qu’on y aille? »
Option 2 : « Comme tu connais bien cette cuisine, j’aimerai bien que tu me fasses découvrir. Tu as des dispos cette semaine? »

Demande ou exigence?

Ne nous voilons pas la face. Bien souvent en plus du fait qu’il est difficile de ne pas savoir (ou vouloir savoir) exactement quels sont les besoins en activité, faire une demande peut être inconfortable car c’est prendre le risque d’obtenir un refus. Et tourner autour du pot semble être une stratégie valable pour éviter la rebuffade. Aussi étrange qu’inefficace.

Ce qui est certain, c’est que cette histoire du non (dire et entendre) est cruciale. Une vraie demande est tout à fait en capacité d’entendre un NON. Qui devient alors une invitation au dialogue. Car le NON que j’entends est « seulement » la réponse à une demande spécifique, à une stratégie spécifique. Donc si ce n’est pas possible je sais, puisque je suis adossée à mon besoin, qu’il y a d’autres façons de faire vivre mon besoin (qui ne dépend pas, contrairement à la stratégie, d’une seule action).

Si je ne peux pas entendre un NON (c’est à dire que la seule réponse valable à ma demande est un OUI) je bascule illico presto sur le territoire de l’exigence. Et là, ce n’est plus pareil. Soit l’autre en face fuit (hors de question de répondre à une injonction) soit y répond, contraint(e), forcé(e) par la peur d’être puni(e), jugé(e), mal aimé(e), etc. tout un ensemble de postures qui ne nourrissent ni confiance, ni l’équité, ni la sécurité et qui sont autant de fissures dans la relation.

Finissons en avec cette histoire de restaurant.

Option 1 : « Il est à côté de chez toi, ça te dirait que je passe te cherche ce midi et qu’on y aille? »
Si j’entends « non, je suis occupé(e)… je n’ai pas envie de manger Thai… » et que je sens que c’est insupportable (« tu n’es jamais dispo, c’est toujours la même chose, pour une fois que… etc. les habituelles expressions de frustrations) je ferme définitivement la porte. Si j’accueille ce non sans jugement, je peux rebondir et demander si l’autre a d’autres disponibilités, d’autres envies, tout simplement.

Option 2 : « Comme tu connais bien cette cuisine, j’aimerais bien que tu me fasses découvrir. Tu as des dispos cette semaine? »
Pareil que l’option 1 (le lieu, le timing qui peuvent changer). Si je ne peux pas entendre non cela signifie : « ce n’est que toi que je veux avec moi » et dans ce cas cela fait peser sur l’autre un poids énorme. Qu’est ce que cela signifie pour moi d’avoir cette exigence? Quel est le besoin profond que je veux nourrir réellement?.

C’est pourquoi je vous propose que nous tentions d’avoir le plus souvent possible dans nos vies le courage de dire la vérité tout en restant liée à l’énergie de l’amour : il y a fort à parier que l’année 2018 nous réserve de belles surprises! Qu’est ce que cela vous fait quand je vous dis ça?

Ah oui, ça ne fonctionnera pas à chaque fois. Ce n’est pas grave car n’oublions jamais que nous apprenons plus de nos ratages que de nos réussites!

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